Les 7 Soleils

"Et puis, pensez donc : Saint-Nazaire, le port, les quais, l’océan, le vent du large, les embruns qui vous fouettent le visage..."
Archibald Haddock - Les 7 Boules de Cristal

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Mai 1940 à Saint-Nazaire

Nabokov embarque pour l’exil

vendredi 4 novembre 2016

Lors de la soirée-mémoire organisée le 4 octobre 2016 à l’occasion de la sortie du hors-série Ouest-France Tintin A la découverte des grands ports du monde, Emmanuel Mary, directeur d’Escal’Atlantic, a fait référence au passage d’Autres rivages, livre dans lequel Nabokov relate ses souvenirs, où, fuyant le nazisme, l’écrivain raconte son embarquement à Saint-Nazaire.

Nous sommes en mai 1940. Nabokov (biographie), va prendre place avec son épouse et leur fils, à bord du paquebot Champlain à destination de New-York.

« Vers le 20 mai », écrit-il, “nous étions de nouveau près de la mer, cette fois sur la côte ouest de la France, à Saint-Nazaire. Là, un dernier petit jardin nous entoura, tandis que toi et moi, et notre enfant âgé de six ans, entre nous deux, le traversions en nous rendant aux docks, où, derrière les bâtiments qui nous faisaient face, le paquebot Champlain nous attendait pour nous emmener à New-York... au moment où nous arrivâmes au bout de son allée, nous vîmes, toi et moi, quelque chose que nous ne montrâmes pas tout de suite à notre enfant, afin de jouir pleinement du sursaut de bonheur, de l’enchantement et de la joie qu’il allait éprouver en découvrant devant lui, réel au-delà de tout réalisme, gigantesque à ne pas y croire, le prototype des divers petits bateaux qu’il avait fait naviguer de-ci de-là à la surface de son bain. Là, devant nous, à l’endroit où une rangée interrompue de maisons se dressait entre nous et le port, et où l’oeil rencontrait toutes sortes de camouflages, tel que du linge de corps bleu pâle et rose dansant le cake-walk sur une corde à linge, ou une bicyclette de dame voisinant bizarrement avec un chat rayé sur un rudimentaire balcon de fer coulé, quelle profonde satisfaction ce fut de distinguer parmi le brouillamini angulaire des toits et des murs, une superbe cheminée de paquebot, sa laissant voir derrière la corde à linge comme ce que, dans une image devinette -Trouvez ce que le marin a caché- on ne peut plus ne pas voir une fois qu’on l’a vu.”

La triste fin du Champlain

Le paquebot Champlain est le dernier paquebot de ligne à avoir fait escale à Saint-Nazaire. Inauguré 78 ans plus tôt le service transatlantique allait cesser douloureusement.

Mis en ligne en 1932, ce paquebot d’une capacité de 1 053 passagers aura donc connu une courte carrière.

Sa construction a été mouvementée. Faute de trésorerie, la Transat (Compagnie Générale Transatlantique) ne peut payer les Chantiers de Penhoët qui stoppent l’armement du navire. 1 500 personnes sont au chômage. Un prêt de l’Etat à la compagnie permettra d’assurer son achèvement.

Le 4 juin 1940, le Champlain quitte New-York avec 3000 tonnes de cuivre et 30 avions de chasse américains Curtiss. Il fait escale le 12 juin à Saint-Nazaire qu’il quitte le 16 en direction de La Pallice.

Mouillé en rade face à l’île de Ré, il sombre après avoir heurté une mine allemande. Le naufrage fera douze morts. Quatre jours plus tard, l’épave est torpillée par un sous-marin allemand.

La cargaison sera en partie récupérée par une société italienne en 1941. L’épave sera découpée sur le lieu du naufrage en 1963-1964.

Source : Patrick Baul. La saga des paquebots de Saint-Nazaire. Coop Breizh.

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