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Prunes amères, un roman de Yves Horeau

mercredi 8 octobre 2008, par Michel Maison

- Président d’honneur de l’association Les 7 Soleils, tintinologue et auteur du best-seller Tintin, Haddock et les bateaux (Editions Moulinsart) Yves Horeau est aussi romancier.
- Auteur de plusieurs romans policiers, il aborde cette fois avec Prunes Amères un sujet plus grave : la guerre d’Algérie. Un livre que nous présente Michel Maison, membre de l’Académie de Bretagne et des Pays de la Loire.

Dans l’abondante littérature des souvenirs d’anciens combattants d’Algérie, le roman d’Yves Horeau se distingue autant par son titre insolite « Prunes amères » que par une dimension littéraire qu’on rencontre rarement dans ce genre de récits.

« Prunes amères », ce titre étrange est une allusion facétieuse à une très ancienne opération militaire, outre-mer elle aussi : la deuxième croisade conduite au XIIe siècle par le roi Louis VII jusqu’aux portes de Damas. Les troupes françaises qui avaient pris position dans un luxuriant verger étaient amenées à se replier sans avoir combattu, mais non sans s’être gavées de prunes. Celles-là même dont quelques siècles plus tard la culture se répandrait en Occident sous le nom de Damas Violet.

Le sentiment de dépit des Croisés, ayant affronté les situations les plus périlleuses « pour des prunes », donnait naissance à une expression populaire parvenue jusqu’à nous.

Inutile sacrifice

Ce sentiment d’inutile sacrifice, c’est celui qu’éprouvera au fil des mois un jeune sous-lieutenant de réserve appelé en 1960 en Algérie et affecté à un bataillon de chasseurs à pied entre Tlemcen et frontière marocaine, cadre de sa brève et tragique carrière.

C’est aussi le sentiment de l’auteur du roman dont on perçoit qu’il est un témoignage quasi-autobiographique où se mêlent souci du droit chemin dans la conciliation du devoir de l’honneur et de la fidélité, ironie amusée face aux règlements et traditions, et une émotion poétique entretenue par des références à Valery, Péguy, Supervielle, Vigny, ainsi qu’à Sylvain Royer, poète chasseur (entendez à pied) né à Nantes et mort en 1916 dans les tranchées.

Cette émotion poétique ne diminue en rien la véhémence de ton et l’indépendance d’esprit qu’on trouve dans l’évocation des événements brûlants qui accompagnent la séparation de l’Algérie et de la France.

Désarroi

Avec une froide lucidité, Yves Horeau décrit l’immense désarroi dans lequel se trouvent après le putsch les officiers et hommes du contingent jusque-là acteurs de premier plan de la pacification. Pour eux l’Algérie se transforme en cauchemar où « l’ami de la veille devient l’ennemi du lendemain, l’innocent le coupable, la victime l’agresseur ».

Dans ce climat où la mort devient présente à chaque instant, se dessine une opposition entre deux hommes. L’un, l’officier poète que nous avons évoqué. Sensible aux hommes, à leur misère et aux difficultés de la vie, il craint les débordements d’une Algérie indépendante. L’autre, de même grade et de même génération, partisan d’une Algérie indépendante, apparaît plus soucieux de faire avancer ses idées que de s’attacher aux réalités.

Cette opposition, alors que la guérilla se généralise, s’accompagnant de trahisons, d’attentats, de défections des supplétifs, d’attaques de convois par le FLN, illustre la situation des esprits dans le bouleversement de l’histoire que fut l’indépendance de l’Algérie.

Grande qualité

Dans cet ouvrage nourri de réalité et de faits dramatiques, le roman rejoint l’histoire et la réflexion politique.

Avec une grande qualité d’écriture, soutenue par une vivacité d’esprit qui ne faiblit jamais, Yves Horeau apporte une explication, un sens, au comportement d’incertitude qui fut celui de milliers de jeunes appelés en Algérie : « La véritable guerre, c’est d’abord la violence qu’il faut se faire à soi-même pour imposer la paix par les armes sans jamais être certain qu’on défend le faible contre le fort ou l’innocent contre le coupable ».



| Yves, de la richesse intellectuelle pour les 7 Soleils

C'est avec plaisir que nous accueillons sur le site des 7 Soleils cette chronique de Michel Maison. D'abord parce que le roman de notre ami Yves Horeau est un livre très fort. Et aussi parce que c'est grâce à Michel Maison que j'ai pu rencontrer Yves Horeau.

Alors secrétaire général du quotidien régional Presse-Océan, Michel Maison avait écrit un article très convaincant sur la conférence qu'Yves allait donner quelques jours plus tard à Nantes sur Tintin, conférence à laquelle j'assistais et à l'issue de laquelle je faisais part à Yves de nos projets. C'était au début des années 1990.

Par sa connaissance de l'oeuvre d'Hergé, Yves Horeau a apporté à notre action une richesse intellectuelle qu'elle n'aurait sans doute pas connu sans lui.
Jean-Claude Chemin


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