Les 7 Soleils

"Et puis, pensez donc : Saint-Nazaire, le port, les quais, l’océan, le vent du large, les embruns qui vous fouettent le visage..."
Archibald Haddock - Les 7 Boules de Cristal

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Hergé, Tintin et Saint-Nazaire

mardi 2 septembre 2008, par Jean-Claude Chemin

- “Et maintenant capitaine, me direz-vous enfin où nous allons ?”
- “A Saint-Nazaire !”
- Quelques cases plus tard, la Lincoln Zephyr jaune fait son entrée dans la ville portuaire de l’Atlantique.
Souvenez-vous ! Nous sommes dans Les 7 Boules de Cristal.

Pour avoir passé à son poignet le bracelet de la momie Rascar Capac, geste de coquetterie fatal, le professeur Tournesol a été enlevé. Dans son château de Moulinsart, le capitaine Haddock est effondré. Jusqu’à ce coup de téléphone de la police de Saint-Nazaire qui lui apprend que la voiture des ravisseurs a été vue par un garagiste des environs.

L’histoire a commencé à paraître le 16 décembre 1943 dans le quotidien belge Le Soir. Elle a été interrompue le 3 septembre 1944 par la libération de Bruxelles. Hergé la reprend le 26 septembre 1946 dans le premier numéro du journal Tintin.

Saint-Nazaire apparaît dès le numéro 3 de l’hebdomadaire. Le séjour de Tintin, du capitaine Haddock et de Milou à Saint-Nazaire se poursuit sur les numéros 4 et 5.

Chou blanc

Tintin aperçoit le général Alcazar au moment où celui-ci s’apprête à embarquer à bord d’un paquebot à destination de l’Amérique du Sud. Ayant fait chou blanc, nos héros filent à La Rochelle où, heureusement, ils retrouvent la trace de Tournesol et de ses ravisseurs. Ils traversent l’Atlantique à bord d’un hydravion afin de rejoindre le port de Callao, au Pérou, avant l’arrivée du cargo Pachacamac à bord duquel est probablement séquestré le professeur.

Quand, ce troisième jeudi d’octobre 1946, Hergé fait entrer la Lincoln Zephyr jaune dans Saint-Nazaire, la ville n’existe plus. Elle n’est que ruines, détruite à plus de 85 %. L’implantation d’une base de sous-marins par l’occupant allemand à l’emplacement du bassin où s’amarraient les paquebots a signé l’arrêt de mort de la ligne transatlantique.

La plus exotique

Comme toutes les aventures de Tintin dessinées pendant la guerre, Les 7 Boules de Cristal et Le Temple du Soleil se situent hors du temps : c’était la seule façon pour Hergé d’échapper à la censure allemande sans être le propagandiste de l’idéologie de l’occupant.

L’histoire développée sur ces deux albums est, ainsi, la plus exotique des aventures de Tintin. Elle emmène nos héros au Temple du Soleil, en un lieu inconnu, secret, une zone blanche sur la carte, et dans un temps suspendu, à l’écart de l’Histoire, où la civilisation inca continuerait d’exister.

Hergé soumet en quelque sorte Saint-Nazaire à une semblable distorsion spatio-temporelle : en octobre 1946 ses personnages entrent dans une ville qui n’existe plus et dans un temps qui a fini d’exister.

Fondateur

Mais, ce faisant, il vient rappeler à cette ville cet événement fondateur qu’a été l’existence de la ligne transatlantique. Sans elle, Saint-Nazaire et son port n’auraient sans doute pas connu ce développement. Et c’est directement de l’ouverture de la ligne qu’a découlé l’implantation des chantiers de construction navale, ces chantiers d’où sortent les grands paquebots qui font, aujourd’hui encore, sa renommée.

De cette époque il ne reste que les vestiges de la première gare ferroviaire et des noms de rues : Santander, La Havane, Veracruz, Mexico... qui étaient les destinations des paquebots partant de Saint-Nazaire.

En y faisant passer Tintin et ses compagnons et embarquer le général Alcazar, Hergé nous permet d’éclairer ce passé, enfoui sous les décombres de la guerre, qui explique son présent.

Merci Monsieur Hergé !

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