Les 7 Soleils

"Et puis, pensez donc : Saint-Nazaire, le port, les quais, l’océan, le vent du large, les embruns qui vous fouettent le visage..."
Archibald Haddock - Les 7 Boules de Cristal

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Lancés à la poursuite des ravisseurs du professeur Tournesol, Tintin, le capitaine Haddock et Milou sont venus à Saint-Nazaire parce que le port était tête de ligne transatlantique.

De Tintin au Queen Mary II

Point commun : la ligne transatlantique

mardi 27 janvier 2004, par Jean-Claude Chemin

- Quel point commun entre le paquebot Queen Mary 2, livré le 22 décembre 2003 par les Chantiers de l’Atlantique, et la venue de Tintin, Haddock et Milou à Saint-Nazaire ?
- Réponse : la ligne transatlantique.

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Le Queen Mary 2 quitte son berceau nazairien sous les regards de milliers de spectateurs...
Photo : 22/12/2003 | Alain Hervieux.

L’enlèvement du professeur Tournesol plonge le capitaine Haddock, reclus dans son château de Moulinsart, dans un profond état de prostration. La sonnerie du téléphone retentit. Le capitaine décroche, disparaît, réapparaît.

Il a quitté la tenue confortable du châtelain pour celle, éprouvée, du marin. "En route !" lance le capitaine. "En route pour où, capitaine ?" demande Tintin. La réponse, Tintin la connaîtra un peu plus tard, alors qu’ils filent à bord de la Lincoln Zéphyr jaune du capitaine. "A Saint-Nazaire !" répond Haddock.

Pourquoi Saint-Nazaire ?

Le coup de téléphone reçu par le capitaine provenait de la police qui lui a indiqué que la voiture beige des ravisseurs de Tournesol a été vue par un garagiste des environs de cette ville.

Et Haddock de se lancer dans une description lyrique du port atlantique : "... Et puis, pensez donc : Saint-Nazaire, le port, les quais, l’océan, le vent du large, les embruns qui vous fouettent le visage...".

Mais encore, pourquoi Saint-Nazaire ? La réponse viendra quelques cases plus loin. La voiture des ravisseurs a été retrouvée noyée dans un des bassins du port. Mais pas de trace de Tournseol. Tintin et le capitaine Haddock déambulent sur les quais, dépités. "Tout compte fait, nous ne sommes guère plus avancés." admet le capitaine.

"En effet..." confirme Tintin. Et cette promenade sans but les conduit jusqu’à la gare maritime. "Tiens, un départ pour l’Amérique du Sud... Dire que les ravisseurs du capitaine sont peut-être à bord... Et peut-être Tournesol lui-même... Ce pauvre Tournesol !" commente le capitaine. Tintin fonce vers la coupée du paquebot : il vient d’apercevoir le général Alcazar qui s’apprête à embarquer.

Pourquoi Saint-Nazaire ? On tient la réponse : c’est l’existence de la ligne transatlantique qui, pour le compte de la Compagnie Générale Transatlantique, reliait l’Amérique centrale et, via le canal de Panama, l’Amérique du sud.

Saint-Nazaire a été la tête de cette ligne jusqu’à la seconde guerre mondiale. Le choix de Saint-Nazaire par Hergé témoigne bien de son exigence sur le plan documentaire.

Et le Queen Mary 2 dans tout cela ?

Le "paquebot de tous les superlatifs" comme on l’a surnommé -c’est le plus grand, le plus haut, le plus large jamais construit et l’un des plus beaux- est donc sorti des chantiers de Saint-Nazaire. Or la création de ces chantiers, en 1862, est la conséquence immédiate de l’ouverture de la ligne transatlantique régulière.

Cette ligne postale a été concédé par l’Empire aux banquiers Péreire qui viennent de créer, en 1861, la Compagnie Générale transatlantique (C.G.T.). Napoléon III est engagé dans la guerre du Mexique. Il faut y envoyer d’urgence des hommes et du matériel : la ligne est créée en six semaines.

En contrepartie de la subvention d’Etat liée au service postal, la C.G.T. est tenue de faire construire la moitié de ses paquebots en France. Les frères Péreire décident d’implanter des chantiers de construction navale à Saint-Nazaire en demandant aux ingénieurs et contremaîtres du chantier Scott de Greenock, en Écosse, où ils ont acquis leurs deux premiers paquebots, d’apporter leur savoir-faire sur le site de Penhoët. Mis sur cale à l’automne 1862, L’Impératrice Eugénie, premier paquebot construit à Saint-Nazaire, est lancé en avril 1864.

La ligne transatlantique est officiellement ouverte le 14 avril 1862 avec le départ du paquebot La Louisiane. Au départ de Saint-Nazaire, la C.G.T. exploite deux lignes : l’une vers l’isthme de Panama pour rejoindre le Pacifique, avec escales aux Antilles et au Venezuela, l’autre vers le Mexique (Veracruz) avec escales à Santander et La Havane. Construite pour connecter le rail et le ligne transatlantique, la monumentale gare des Chemins de fer d’Orléans est inaugurée en 1867.

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Départ pour Vera Cruz du paquebot La Louisiane.
La ligne transatlantique est inaugurée le 14 avril 1862.

Jusqu’en 1914, la ligne fonctionne à raison de deux départs réguliers mensuels. A la veille de la première guerre mondiale la C.G.T. est le premier employeur de Saint-Nazaire.
La crise de 1929 affecte en premier lieu le transport maritime. La chute du trafic amène la C.G.T. à supprimer en 1932 la ligne avec le Mexique. Saint-Nazaire ne possède plus que celle la reliant aux Antilles et au Panama.

La seconde guerre mondiale signe le glas de la ligne transatlantique. L’occupant allemand détruit les installations de la C.G.T. et édifie uns base sous-marine sur la darse où s’amarraient les paquebots. A la Libération une seule liaison subsiste qui sera définitivement abandonnée en 1950.

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Départ d’un transatlantique avant-guerre..
Photos : archives | Ecomusée de Saint-Nazaire.

Autrement dit quand, en 1946 dans le Journal de Tintin, Hergé envoie Tintin et ses compagnons à Saint-Nazaire il les place dans un temps qui n’existe pas et dans une ville qui n’existe plus. Le temps, c’est celui qui s’est abstrait de la tragique réalité de la guerre et de ses conséquences. Quant à la ville, elle a été détruite à 85 %, destruction qui scelle la fin de l’histoire de la ligne transatlantique à Saint-Nazaire.

De cette période fondatrice, il reste aujourd’hui le chantier de construction navale, les vestiges de la gare d’Orléans, des noms de rues : Santander, Mexico, La Havane, Veracruz... rappellant les destinations de la ligne, et le témoignage enchanteur qu’Hergé nous apporte dans Les 7 Boules de Cristal.

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